19 févr. 2014

La cabane de l'Aiguilleur, de Robert Charles Wilson


J'ai entamé et lu ce roman sans savoir qu'il s'agissait du premier roman de Robert Charles Wilson, qui a écrit le splendide Spin par la suite. Autant dire que je ne me suis pas rendue compte du tout de ce fait, qui marque certains textes.

Travis Fisher, une quinzaine d'années, se retrouve brusquement à devoir habiter chez sa tante, dans un coin perdu du Midwest. Et pour être là, il a intérêt à se rendre utile, soit à travailler pour son oncle, la moindre des choses. Seulement, son oncle et sa tante hébergent aussi Anna, une jeune fille silencieuse et bien mystérieuse.....

Nous avons aussi l'Os, qui semble être un vagabond avec une intelligence étrange, qui va de train en train, en luttant contre un mystérieux Appel.

Et de là, nous avons une histoire bien fichue. Travis doit tant bien que mal s'habituer à la vie dans un petit village où toutes les informations circulent, et surtout, faire face au surnaturel qui arrive dans sa vie sous la forme d'Anna. Il est difficile de ne pas s'attacher à ce personnage bien fait, et dont on comprend bien les réactions. Allez savoir comment vous réagiriez face à l'étrange, vous ?

La cabane de l'aiguilleur, Robert Charles Wilson, 1986.


A propos de l'auteur

Robert Charles Wilson est un auteur de science-fiction canadien. Californien, il immigre à l'âge 9 ans pour Toronto où il réside toujours actuellement avec sa femme et son fils. Il sera naturalisé canadien en 2007. 

Il s'est fait réellement connaître en France grâce à la parution de son roman de science-fiction "Darwinia" en 1999. Plusieurs de ses œuvres ont reçu des récompenses littéraires, dont la plus prestigieuse dans le domaine de la science-fiction, le prix Hugo, pour son roman "Spin" en 2006 (le roman marque le début d'une trilogie qui se poursuit avec "Axis" et "Vortex"). 

17 févr. 2014

Le choeur des femmes, de Martin Winckler


Jean Atwood est interne en chirurgie gynécologie, et souhaite se consacrer à la réparation des corps féminins par la suite. L'interne doit achever sa formation par un stage dans un service de "médecine de la femme", avec le praticien Franz Karma. 

Karma est le médecin qui laisse parler les patientes, les écoute énormément. Il s'occupe de ses patientes dont personne ne veut, de celles qui veulent une ivg, la stérilisation, un moyen de contraception efficace, dans une période où tous ces droits sont encore précoces. A l'opposé, Atwood ne rêve que de chirurgie, persuadé que les patientes ne font que se répéter, ne savent pas ce qui est bon pour elles, etc.

Vous l'aurez deviné, Atwood se révèle un personnage qu'il est difficile d'aimer au départ, malgré une narration à la première personne. Imbuvable, orgueilleux, pas franchement le gynécologue rêvé ! Mais en réalité, la narration de ce roman est difficile à définir, puisque ce sont plus les patientes qui parlent. Elles nous racontent leurs histoires souvent complexes et douloureuses, et leur rapport face au médecin tout-puissant.

Le choeur des femmes est un roman magnifique, un roman qui rappelle à tous que quelque soit notre profession et son prestige dans la société, nous sommes tous humains avant tout. Qu'un patient n'est pas simplement un numéro à faire passer le plus vite possible, qu'il n'est pas juste "le cancéreux en phase terminale", "l'adolescente qui s'est retrouvée enceinte", etc.

Ici, le roman n'est pourtant pas que médical. Toute une autre partie passionnante est centrée sur Jean Atwood, mais comme il me paraît difficile d'en parler sans spoiler, je m'en contenterai de vous dire que c'est un texte formidable.

Le choeur des femmes, Martin Winckler, P.O.L.

A propos de l'auteur

Marc Zaffran, né le 22 février 1955 à Alger, est un médecin français, connu sous l'unique pseudonyme de Martin Winckler, comme romancier et essayiste, évoquant souvent la situation du système médical français. Il est également critique de séries télévisées et traducteur. Son site : martinwinckler.com

Les Trois Médecins, de Martin Winckler



Il me faut vous avouer quelque chose d'honteux pour une libraire : Martin Winckler n'était pas un auteur que j'avais déjà eu l'occasion de parcourir, et son oeuvre m'était pratiquement inconnue. Et puis, à force d'entendre partout que c'était super, il a bien fallu se décider à voir ce qu'il en était par moi-même.

Ma première lecture de lui fut donc La Maladie de Sachs, et celui-ci le suivant. Apparemment commencer une série par la fin semble être récurrent chez moi. Les Trois Médecins se déroule 20 ans avant, au moment où Bruno Sachs, le héros, entame ses études de médecine, dans les années 70.

Pour les non-initiés en médecine comme moi, c'e'st l'occasion de découvrir un peu comment ça marche, la difficulté des premières années, le monde parfois impitoyable de la faculté, et surtout, on verra aussi tout une part de politique, avec le féminisme des années 70, la lutte pour l'avortement, et beaucoup d'autres évolutions de la médecine.

Roman à plusieurs voix, c'est juste passionnant. J'adore découvrir un univers totalement différent, et dont on n'a aucune conscience quand on n'est pas du métier, que ça soit la concurrence entre étudiants, la politique. On suit avec grand plaisir le quatuor formé de Bruno Sachs, André Solal, Basile Bloom, et Christophe Gray, tous différents, même si Bruno m'est plutôt antipathique.

Un très beau roman à découvrir, et que l'on devrait donner à lire à tout ceux et celles qui envisagent la médecine pour métier.

Les Trois Médecins, Martin Winckler, P.O.L, 2004.


A propos de l'auteur

Marc Zaffran, né le 22 février 1955 à Alger, est un médecin français, connu sous l'unique pseudonyme de Martin Winckler, comme romancier et essayiste, évoquant souvent la situation du système médical français. Il est également critique de séries télévisées et traducteur. Son site : martinwinckler.com

14 févr. 2014

D'acier, de Silvia Avallone



On imagine très souvent l'Italie comme un paysage de carte postale, encore plus dans la petite île de Pombinio, aux allures paradisiaques. Seulement voilà, un décor comme ça n'est pas toujours aussi agréable qu'on le voudrait. Pombinio, comme le reste de l'Italie, est en proie à la crise, et pour les jeunes qui y vivent, difficile d'imaginer autre chose qu'un avenir peu reluisant à l'acierie.

Et pourtant, Anna et Francesca, jeunes adolescentes, sont les reines de la cité et rêvent de gloire, d'être écrivain ou mannequin, et profitent de leur jeunesse sur l'île. Amies fusionnelles qui ont juré de ne jamais se séparer, elles doivent faire face à la vie et aux difficultés, trouver leur place sur cette île.

Les deux jeunes filles, comme tout personnage adolescent qui se respecte, sont à la fois atrocement agaçantes, avec leurs préoccupations, et attachantes. Les personnages masculins, peu présents, ne sont pas franchement agréables. Pour les deux pères, l'un est un fuyard qui ne réapparaît que de temps à autre, l'autre bat femme et enfant, et espionne le corps de sa fille à la lunette.... Quand à Alessio, l'aîné d'Anna, malgré un côté apollon parfois très irritant, il est un personnage touchant quand à ses doutes, son avenir déjà brisé par l'aciérie.

Silvia Avallone signe ici un roman social absolument sublime. On est en plein dans les années 2000, en pleine crise économique, et elle nous le fait bien sentir. On nous parle de ces jeunes qui ne voient pas d'avenir, qui ne peuvent pas réellement rêver, de cette obsession de la beauté, et des ces amitiés très fortes qui sont une part de l'adolescence, de la découverte de la sexualité et de l'amour.

Une des choses que je ne m'attendais pas à trouver ici était la sensualité dégagée par ce roman. Oui, le terme est étrange pour un roman, et pourtant.... On nous décrit très souvent la beauté de ces deux filles, leurs corps d'adolescentes canons, bronzées, et bizarrement, ça donne une certaine sensualité au texte. L'écriture est fluide, et vous happe dans le roman avant que vous n'ayez le temps de dire ouf. Alors, Viva Italia ?

D'acier, Silvia Avallone, J'ai Lu, 2013.


A propos de l'auteur

Silvia Avallone est née à Biella le 11 avril 1984. Elle poursuit des études de lettres et de philosophie à Bologne. Son premier recueil de poésie, Il libro dei vent’anni, paraît en 2007. Elle écrit également des nouvelles, éditées dans des revues littéraires.
D'acier (it) (Acciaio), son premier roman, est édité en 2010 par Rizzoli. L'action se déroule à Piombino, une ville ouvrière de Toscane où l'auteure a vécu. Il remporte le prix Campiello Opera Prima et est finaliste du prix Strega. En France, traduit chez Liana Levi par Françoise Brun, il reçoit le prix des lecteurs de L'Express 20114. L'adaptation cinématographique du roman est réalisée par Stefano Mordini. En 2012, le film est présenté à la Mostra de Venise.

8 févr. 2014

Seigneurs de l'Olympe, de Javier Negrete


Pour être honnête, l'auteur ne me parlait absolument pas à la base, inconnu au bataillon. Et puis, aux Utopiales 2012, j'ai eu l'occasion de l'entendre en conférence et son oeuvre m'a attirée. Puisqu'il était présent, c'était l'occasion ou jamais d'en profiter. Ce roman a mis du temps avant de sortir de la PAL, mais n'en est pas sorti à regret.

J'en parle rarement, mais la mythologie grecque est quelque chose que je trouve passionnant et qui m'a même amené à faire deux ans de grec ancien au lycée. Aussi, un roman qui en parle pouvait difficilement faire autrement que d'attirer mon attention.

Les divinités grecques et les humains ne s'entendent pas toujours à la perfection, et pour Zeus, c'est l'heure d'un conclave destinant à entendre les doléances des autres dieux, sauf que la réunion est interrompue avant même d'avoir commencée.... Zagreus, neveu de Zeus, a été assassiné par un certain Python, créature dont on ne sait pas vraiment pas ce qu'elle est.... Zeus va devoir faire face à ceux qui tentent de lui voler son trône et de régner sur les divinités.

Tout d'abord, il faut admettre que ma connaissance des mythes grecs est assez lointaine, tout comme ma lecture, et je serais donc bien incapable de vous dire ce qui est vrai et ce qui est déformé par l'auteur pour les besoins de la narration. En attendant, on découvre les personnalités du panthéon divin, pas toujours comme on l'imagine...

L'auteur nous livre ici une intrigue agréable et bien ficelée, un sujet passionnant (d'accord, peut-être juste pour moi), bref, tous les éléments pour avoir un bon roman à lire ! Il ne reste plus qu'à espérer pour ma part que mon chemin croisera de nouveau la route de cet auteur !



Seigneurs de l'Olympe, L'Atalante, Javier Negrete, 21 €

A propos de l'auteur

Javier Negrete est né en 1964, à Madrid.
Il partage son temps entre son activité de professeur de grec et l’écriture. Son premier roman publié en France en 2002, Le regard des furies (La mirada de las furias, 1997) a suscité un vif intérêt.
Son second roman, Le mythe d’Er ou le dernier voyage d’Alexandre le Grand (El mito de Er, 2002), paru en France en 2003, change totalement de cadre. Fantasy historique et voyage extraordinaire, cet ouvrage tent aussi vers l’uchronie. Le mythe d’Er a obtenu le Prix Bob Morane 2004 en catégorie roman étranger.

6 févr. 2014

Le bureau des atrocités, de Charles Stross



Il n'est pas certain que ce livre aurait atterri chez moi sans l'intervention d'une bonne âme conseillère, qui l'a tout simplement mis dans mes mains en me disant "c'est génial". Soit. Le nom de l'auteur ne me disait rien, la quatrième de couverture a parlé. Services secrets, enquêtes, Londres, ok, vendu !

Naturellement, en bon fan de SF, vous savez tous que l'Histoire apprise à l'école n'est qu'un leurre pour cacher la triste vérité, n'est-ce pas ?  Bob Howard, informaticien, travaille pour la Laverie, le service secret le plus secret des services secrets britanniques. Sa mission s'il l'accepte : sauver un chercheur auquel s'intéressent d'un peu trop près des terroristes qui rêvent d'ouvrir l'accès à d'autres mondes terrifiants.

Je pense que vous l'avez déjà compris, mais nous avons ici un roman complètement déjanté, avec un personnage principal qui colle parfaitement au cliché du geek hacker qui a voulu pirater la mauvaise base de données et qui s'est retrouvé catapulté agent secret, le tout sans qu'on lui demande son avis. Un personnage sympathique qu'on suit avec plaisir même s'il tente parfois de perdre le lecteur à travers des théories mathématiques complexes (la thaumaturgie mathématique, vous connaissez ?).

Une chose est sûre en sortant de ce livre : l'administration britannique est très probablement un aspect non négligeable de l'Enfer. La preuve en est ce pauvre Bob qui doit justifier chaque dépense faite pour sauver le Monde (ben oui, faut pas déconner quand même, les notes de frais, c'est vital, tout le monde le sait !), entre autres. 

Une chose à noter est que ce roman n'est pas réellement un roman, en fait deux nouvelles plutôt longues et dont l'intrigue n'est pas en rapport, même si on a toujours notre cher Bob en personnage principal.

Si vous aimez les bouquins complètement déjantés comme moi, Le Bureau des Atrocités est tout bonnement fait pour vous. Si vous pensez qu'on ne nous dit pas tout, et que les complots sont partout, la même. Fans de Lovecraft, pareil. En bref, un gros de cœur pour ce roman qui m'a fait mourir de rire et passionnée.

Le bureau des atrocités, 2009, Charles Stross.



A propos de l'auteur

Charles David George Stross, né à Leeds le 18 octobre 1964, est un écrivain britannique résidant à Édimbourg. Son œuvre navigue entre science-fiction, horreur et fantasy.
Charles Stross publie sa première nouvelle, The Boys, dans Interzone en 1987. Son premier roman, Crépuscule d'acier (Singularity Sky) fut publié par Ace en 2003 et décrocha une nomination pour le prix Hugo du meilleur roman. Un recueil de nouvelles Toast: And Other Rusted Futures est publié en 2002, dont plusieurs seront nominées pour les prix Hugo et Nebula. La nouvelle La Jungle de béton (The Concrete Jungle), publiée dans le recueil Le Bureau des atrocités, remporte le prix Hugo du meilleur roman court en 2005. Son roman Accelerando remporte le prix Locus du meilleur roman de science-fiction en 2006. Son roman The Apocalypse Codex a obtenu le prix Locus du meilleur roman de fantasy 2013.

3 févr. 2014

Le bleu est une couleur chaude (BD et film)




Bon, je vais commencer par admettre une chose très importante : je suis amoureuse de cette BD. Voilà. Il est assez rare qu'elles croisent mon chemin, et pourtant, celle-ci a réussi à me toucher et à m'émouvoir. Julie Maroh nous raconte l'histoire de Clémentine et d'Emma, à travers un journal intime.

Vous me direz certainement qu'il s'agit d'une histoire d'amour comme une autre, et vous auriez presque raison. Presque, parce que cette BD aborde ici aussi le sujet de la découverte de son orientation sexuelle, l'acceptation parfois difficile, tout comme le rejet. On peut imaginer qu'un tel rejet des parents et de la famille est inconcevable, et pourtant, les choses peuvent être bien loin de se passer comme on le voudrait.

Autant le dessin de la nouvelle bd de Julie Maroh me plaît moins, autant celui de celle-ci m'a énormément plu. Je suis en revanche bien incapable de vous dire pourquoi, la faute sans doute à "la bd c'est une histoire de sensibilité entre elles et moi".

Le bleu est une couleur chaude, Glénat, Julie Maroh, 15.90 €


A propos de l'auteur

Julie Maroh, née en 1985 à Lens1, est une auteure de bande-dessinée française. Elle est, entre autres, l'auteure du roman graphique Le bleu est une couleur chaude, lauréat du Prix du Public au Festival d'Angoulême 2011.





Vous avez pu voir plus haut que j'ai adoré la BD, vous imaginez donc sans peine ma joie en apprenant qu'elle serait adaptée au cinéma. Et puis, on a commencé à avoir quelques échos parlant d'un tournage difficile, et d'actrices principales qui refusaient de tourner avec Kechiche à l'avenir. Quelques avis négatifs de connaissances plus ou moins proches ont achevé de doucher mon enthousiasme, mais ne m'ont pas dissuadée d'aller le voir pour me faire un avis sur la question de mes propres yeux.

Pour commencer, la façon de tourner m'a déplu., toujours fixée sur les visages, très désagréable. Ensuite, nous avons cette manie de se fixer sur Adèle, sur sa façon de manger, sur son corps, et ce en permanece. Qu'on ait un plan sur son postérieur en train de partir à l'école, c'est bien gentil, mais où est l'utilité ? Et que dire des scènes à table ? Qu'est ce que le spectateur en a à faire de voir le personnage manger ? Et la masturbation, que vient-elle faire là dedans ?

D'ailleurs, les scènes de sexe, parlons-en. Je n'ai jamais été contre leur apparition dans les films, au contraire, il en faut. En revanche, 10 minutes sur une scène de sexe, ça ne sert à rien du tout. Tout comme une scène de sexe explicite. A part donner l'impression au spectateur d'être un voyeur, ou, encore mieux, devant un film porno.

Au niveau des actrices, si Léa Seydoux arrive bien à m'émouvoir, Adèle Exarchopoulos m'agace. Ceci dit, il est tout à fait probable que l'agacement soit du à l'abondance de scènes avec son visage, et non pas à sa performance.

L'histoire en elle-même est assez bien rendue, mais je regrette vraiment que le côté acceptation ne soit pas plus marqué que ça. Le film se contente de nous montrer qu'Emma et Adèle ne viennent pas du tout des mêmes milieux sociaux, en omettant toute la partie de l'acceptation auprès des familles.

Pour terminer sur une note positive, que ce soit pour la BD ou pour le film, ils ont tout deux permis la visibilité des couples homosexuels, et rappellent qu'il s'agit avant tout d'un couple, tout simplement.

La vie d'Adèle, réalisé par Kechiche, avec Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, 2013.